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Marc St-Pierre
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Le 28 mars 2012 à 13 h 00 min   

Quand un mort s’ajoute à la liste des gens que j’ai connus, c’est comme si tous les autres décédés avant lui se rassemblaient dans ma mémoire pour lui faire une haie d’honneur, pour l’accueillir dans mes souvenirs. Je me disais qu’un jour, immanquablement, tous ces morts que je porte en sauront plus sur moi que les vivants qui m’entourent. Chaque personne que je côtoie, que je connais, porte bien malgré elle, une partie de ce que je suis… Chacune est dépositaire d’une partie de mes archives personnelles, comme je suis dépositaire des leurs et chaque fois que l’une d’elles passe l’arme à gauche, elle emporte une partie de mon passage, une partie de mon passé dans ce monde. The show must go on.

J’avais écrit ces quelques mots il y six ans presque, lorsque mon notaire est décédé. Un notaire dont le record du nombre de points en séries éliminatoires au hockey junior canadien n’a pas encore été été battu. Et ne le sera jamais. Ces mots me sont revenus l’autre jour pour d’autres raisons. Je faisais avec une collègue une présentation au congrès de l’AQETA dans le cadre d’un Symposium sur l’alphabétisation. Il y avait juste devant moi, dans la première rangée, Paul Gérin-Lajoie. J’ai eu le bonheur d’échanger avec lui sur les travaux qu’avaient réalisés Arthur Tremblay de l’École de pédagogie et d’orientation de l’université Laval sur la persévérance scolaire en 1955.  Bien avant que M. Gérin-Lajoie ne devienne le 1er titulaire du ministère de l’Éducation du Québec et qu’Arthur Tremblay n’en devienne le premier sous-ministre en titre. Et bien avant, vous le devinez, que la question de la persévérance ne soit un thème à la mode, voire une industrie.

Et puis je lui ai parlé de ce mémoire qu’il avait déposé au nom de la Fédération des collèges classiques à la Commission royale d’enquête présidée par le juge Thomas Tremblay en 1953. Et, là, difficile à expliquer, une fraction de seconde, j’ai senti que défilaient derrière le regard de M. Gérin-Lajoie, des visages d’un autre temps, l’appel furtif des disparus. Et peut-être ces mots de Rutebeuf, mis en chanson par Ferré: « que sont mes amis devenus, vous que j’ai de si près tenus, et tant aimés… » Et j’ai vu, imaginé, la haie d’honneur.

Et j’ai été, un bref instant, extrêmement ému.

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Marc St-Pierre
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Le 19 mars 2012 à 17 h 07 min   

Cette fin de semaine, pendant que la CAQ continuait de réfléchir sur sa plate-forme en éducation, les jeunes du Parti libéral du Québec se penchaient notamment sur la question de l’exercice du choix d’école par les parents et des moyens à mettre en place pour le faciliter davantage. Cette question n’est pas à prendre à la légère, puisque l’enjeu va bien au-delà de l’exercice d’un choix personnel. Il y a là une question d’équité et de justice sociale. Si la défense des libertés individuelles fait partie des valeurs historiquement défendues par la Parti lébéral du Québec, la justice sociale en est aussi. Or, la question du libre-choix de l’école pose un dilemme et force un certain ordonnancement de ces valeurs. Laquelle prime ? Dans quelle mesure ?  On tombe ici dans le délicat domaine de l’éthique. Je ne prétends pas disposer d’une réponse toute faite, mais je souhaites soumettre à la réflexion cet article que j’ai écrit pour la revue Le point en Administration de l’Éducation à l’automne 2011.

Parent, client ou citoyen ?

« Quand mes parents m’ont mis à l’école, ils m’y ont mis comme je prends place dans un avion. À aucun moment mes parents n’ont pensé aller donner des conseils au pilote. C’était la confiance absolue, mais cette époque est terminée. »
(Philippe Meirieu)

 

L’école publique est sollicitée de toutes parts. Le milieu des affaires réclame plus de techniciens et d’ouvriers spécialisés, le secteur de la santé veut éviter de se retrouver avec une pénurie d’employés, les centres de recherches et les industries de pointe veulent plus de jeunes qui optent pour des carrières scientifiques. On souhaite que l’école soit un levier de développement économique et qu’elle contribue également au développement social des communautés. On la veut meilleure, efficace, sur mesure, capable de s’adapter aux besoins changeants.

L’ÉCOLE-MARCHÉ

Au même moment on observe notre système d’éducation se transformer progressivement pour répondre aux besoins et aux désirs des parents les plus mobilisés, influents,  les mieux placés et les mieux informés : offres de programmes sélectifs discriminatoires, financement du secteur privé, concurrence entre les établissements, palmarès, etc. Un véritable marché de l’éducation se développe. Alors que certains y voient des avantages pour les élèves et leurs parents, d’autres considèrent que laisser aller les lois du marché, c’est permettre implicitement l’intégration progressive des inégalités sociales sous toutes leurs formes dans le système éducatif lui-même.

À force de vouloir compulsivement répondre aux désirs de tout le monde, l’école est de moins en moins une institution régie par le droit et la recherche du bien commun. Elle devient un service qui se monnaye et se consomme à la carte. Chacun en veut plus pour son argent.  L’école devient le terrain de jeux des faiseurs d’opinions et pour peu qu’on sache quoi promettre pour la mettre au goût du jour, elle devient électoralement intéressante. Et pourtant, ce n’est pas sa capacité d’être superficiellement au goût du jour qui peut assurer sa réussite durable ou améliorersa contribution à l’édification d’une société plus juste et équitable.

LES PARENTS-CLIENTS

Évidemment, parmi tous les demandeurs de service, il y a au premier rang les parents, les premiers partenaires de l’école. Un nombre grandissant d’entre eux se définissent malheureusement de plus en plus comme des usagers, des clients de l’école qui se « magasinent » des services, des programmes, des diplômes. Des consommateurs qui souhaitent la création d’un vrai marché de l’éducation. La tendance est lourde, large.  C’est à eux qu’on répond d’abord quand on met sur pied des programmes particuliers sélectifs, et c’est aussi leur « liberté de choix » qu’on protège quand on finance un important réseau d’écoles privées, même si cette liberté de choix, dans les faits, n’est pas pour tout le monde. Or, les résultats de recherche là-dessus sont de plus en plus clairs : plus on va vers le libre-choix, vers les lois du marché, plus on accepte dans les faits que les résultats des élèves soient déterminés socialement, c’est-à-dire déterminés en fonction, non pas du talent et du potentiel de chacun, mais de la condition sociale des parents de ces enfants et des communautés où ils vivent.

LES EFFETS DU MARCHÉ

On sait maintenant ce qui se passe lorsqu’on laisse jouer les règles du marché en éducation et qu’on laisse s’installer le consumérisme : on crée, à plus ou moins long terme, des ghettos. Plus un système scolaire public permet à ses élèves de sortir de la classe ordinaire et de l’école de quartier pour aller vers une école plus « attrayante », un programme particulier, ou un réseau privé relativement bon marché, plus il accepte que les écarts de réussite se creusent entre les élèves issus de milieux favorisés et défavorisés. L’iniquité qui en découle a un coût social et économique important. Accepter cet état de fait, c’est accepter que les enfants les plus pauvres soient doublement défavorisés : par la pauvreté de leurs parents et par celle du lieu où ils vivent et apprennent. Entretenir et même valoriser un modèle qui visiblement semble creuser les écarts entre les mieux et les moins bien nantis, ce n’est pas gérer l’éducation comme si c’était un bien public, pour le bien public. C’est entretenir un déficit éducatif structurel.

L’ÉCOLE : UN BIEN COMMUN

Le bien commun, écrivait Françoise David,  « en appelle à une vision qui nous entraîne à rechercher l’intérêt général, un partage de la richesse, des savoirs, une reconnaissance de notre interdépendance et, donc, un besoin de solidarité ».  Cette solidarité dont a besoin l’école pour se refaire doit faire table rase du consumérisme scolaire qui amène les élèves et leurs familles à rechercher le meilleur rapport qualité/prix. Quand on transpose cette attitude parentale à l’élève en salle de classe, ce qu’on retrouve c’est la recherche par le jeune du meilleur rapport possible entre l’effort et le résultat : comment en faire le moins possible, pour en obtenir le plus possible. Cette attitude, moussée dans un certain discours, n’entraîne que la méfiance, la peur d’être floué, la judiciarisation des rapports entre les familles et l’école. L’obligation faite aux commissions scolaires de se doter d’un « Protecteur de l’élève » n’est qu’une des manifestations de cette réalité en mouvement.

DU PARENT-CLIENT AU PARENT-CITOYEN

Est-il possible encore de passer du rôle de client à celui de citoyen, soucieux du bien commun et de l’intérêt de tous les enfants? Si on a besoin de tout un village pour élever un enfant, les citoyens du village n’ont-t-ils pas le droit de se prononcer sur la façon de faire? Peut-on en finir avec ce chacun pour soi qui nous mène tout droit vers la fracture scolaire, la fracture sociale? Est-il possible de se donner, école par école, quartier par quartier, ville par ville, une vision généreuse, citoyenne et altruiste de ce que doit être l’éducation? Peut-on encore établir un partenariat productif, je dirais même émancipateur, entre l’école, l’institution, et les citoyens, autour de cette recherche du bien commun et non au travers des revendications individuelles et du marchandage?

Évidemment, c’est là un projet de société. Nous devrons être dans la vie, pour paraphraser Gandhi, le changement que nous voulons pour l’école. Combien d’entre nous, enseignants, partenaires ou décideurs dans le système scolaire, avons les mêmes attitudes consuméristes, les mêmes demandes quand il s’agit de nos propres enfants?

 AGIR ENSEMBLE

Le partenariat, bien sûr, ce n’est pas la confusion des rôles ni la déresponsabilisation. L’école a des devoirs à faire, les parents également.  Le bien commun ne sera bien servi que si chacun sait ce qu’il doit et peut faire. Comment mettre au service des enfants les compétences complémentaires des enseignants, des parents et de la communauté proche?

La division des tâches, des rôles et des responsabilités entre l’école et la maison a toujours existé. Malheureusement cette division n’a jamais été moins consensuelle qu’aujourd’hui. Je pernds à titre d’exemple la question de l,enseignement de la lecture: est-il nécessaire que tous les enfants sachent lire à la fin de la première année ? Que doivent faire les écoles pour y arriver ? Quelle est la part des parents ? Le rôle de l’État? Y a-t-il seulement un consensus sur cette question si fondamentale ? Non. Pourtant, faire en sorte que tous les enfants sachent lire à la fin de la 1ère année et développent le goût de lire ensuite pour apprendre, est-ce que ce n’est pas la meilleure façon pour l’école de contribuer à la lutte à l’exclusion sociale et aux iniquités ?

EN CONCLUSION

Je dis aux écoles et aux enseignants : si vous voulez que les parents fassent leur travail, ne leur demandez  pas de faire le nôtre et ne les blâmez surtout pas pour vos échecs et vos malheurs.

Je dis aux parents : si vous voulez que les enseignants fassent leur travail, ne leur demandez pas de faire le vôtre. Et ne les blâmez surtout pas pour vos échecs et vos malheurs.

Je dis à mes collègues décideurs : si nous voulons que les parents et les enseignants fassent leur travail, ne leur demandons pas de faire le nôtre et ne les blâmons surtout pas pour nos échecs et nos malheurs.

 L’école et la famille sont des lieux d’apprentissage et de socialisation, elles usent de stratégies différentes pour y arriver ; l’école et la famille doivent se compléter pour remplir la fonction d’éducation qui leur est individuellement assignée. Mais il est difficile de se compléter si nous n’avons pas une vision commune de ce que doit être l’école dans le monde où grandissent tous nos enfants, de toutes origines et conditions.

 

L’école a certes besoin des parents pour se faire au quotidien. Mais elle a besoin également que les parents s’élèvent un temps au-dessus de la mêlée et revêtent leurs habits de citoyens pour contribuer de façon solidaire à l’avènement d’une École publique responsable, équitable et communautaire, au service de tous les enfants.

Ajout du 19 mars 2012:

Transformer chacune de nos écoles en PME plus ou moins autonomes, au sein d’une entreprise divisionnaire contrôlée à partir de Qubec et des ses antennes régionales, comme le propose la CAQ, est un remède qui est pire que la maladie elle-même et ne ferait qu’accentuer ce dangereux glissement vers la marchandisation de l’éducation et une plus grande détermination sociale des résultats scolaires.

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Marc St-Pierre
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Le 16 mars 2012 à 13 h 20 min   

Un imam se pointe 15 minutes dans un abattoir, prononce quelques prières, bénit des poulets, des bouchers et leurs couteaux et le Québec profond est à l’envers. Et pour laisser aux gens le choix de manger ou ne pas manger de poulet ainsi consacré à la gloire du Prohète et du Dieu unique, il faudrait étiqueter toutes les volailles qu’un imam aurait bénies? C’est quoi ça ? Du George Orwell sur l’acide ? Va-t-il falloir réclamer des poulets halal destinés aux non-musulmans une sorte d’apostasie post-mortem??? Les tremper dans une saumure à base d’eau de Pâques afin de les rendre propres à la consommation???

C’est dimanche. J’ai 10 ans. Je suis à table avec le reste de la famille, quelques oncles et tantes. Une belle grosse dinde rôtie trône au centre. Les atocas sont à côté. Les patates pilées attendent leur dose de gravy… Qui dira le bénidicité ?

« Bénissez nous, Seigneur, bénissez cette dinde, ceux qui l’ont préparée, et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas ! Ainsi soit-il ! »

L’ami Mohammad bénit l’oiseau avant sa mise à mort,  mon oncle Gérard préfère faire ça après… Alors, on se fait un p’tit référendum d’initiative populaire ?

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Marc St-Pierre
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Le 13 mars 2012 à 1 h 51 min   

La CAQ a promis d’augmenter de 20% le salaire des enseignants des commissions scoaires. Pour certains, oeuvrant en milieu défavorisé, cette augmentation pourrrait être de 30%. Cette mesure aurait coûté au moins 949M$ en 2011-12. Il n’y a pas d’augmentation prévue pour les enseignants du secteur privé, ni pour ceux du collégial… Pour ceux du privé, la situation est particulièrement ironique, puisque non seulement on ne les augmentera pas, mais on leur demandera de financer les nouveaux salaires de leurs collègues du public à hauteur de 60M$… En effet, pour constituer sa cagnotte de 950M$ qui servira à payer les profs des CS, la CAQ prévoit geler pour 4 ans les subventions du réseau privé, ce qui, à terme générera le 60M$ en question.

Dans les faits, les enseignants du privé seraient payés moins chers que ceux des commissions scolaires. À cinq ans de la retraite, ça va devenir intéressant de passer au public pour augmenter de 14% sa rente de retraite, non? À moins bien sûr que pour demeurer concurrentiel au niveau salarial, les écoles privées ne refilent la facture aux parents. Ce qui aurait d’autres impacts, notamment des défections du côté de certains parents dont la capacité de payer serait mise à rude épreuve.

Ça risque de crier fort… Au privé, mais au collégial aussi. Et à moins que la CAQ dispose de meilleurs chiffres que les miens, les 950M$ ne couvrent que les salaires des enseignants. Il n’y a rien là dedans pour les drections d’école. Plus je regarde ça, plus je me dis que la CAQ ne serait pas capable de livrer la marchandise.

 

 

 

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Marc St-Pierre
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Le 24 février 2012 à 15 h 07 min   

Je n’avais pas vraiment envie d’aller de ce côté-là, mais enfin comme il a été question des augmentations de salaires de 20% qu’a promises la CAQ aux enseignants du Québec, alors j’y vais.

D’abord, le salaire au rendement pour les enseignants, je n’y crois pas. Et visiblement la CAQ non plus puisque de ce côté-là on semble dire qu’on n’a jamais dit ou écrit ça. Même si on l’a laissé dire longtemps. Le temps que ça a eu l’air de payer à l’urne. Je ne dis pas non plus qu’on ne devrait pas verser de meilleurs salaires ou accorder de meilleures conditions d’exercice de la profession aux enseignants. Ce que je dis c’est que dans ce dossier-là, l’absence de vision systémique des « penseurs », si peu qu’il y en ait, de la CAQ, me désole et me surprend à la fois. Et je m’explique.

Réflexe de gestionnaire direz-vous, mais je ne crois vraiment pas que les gens de la CAQ aient vraiment mesuré l’impact d’augmenter subitement de 20% la masse salariale d’un groupe d’employés de l’État.  Les impacts anticipés ne sont pourtant pas anodins: remise en question de l’équilibre fragile des mesures d’équité salariale pour tous les salariés; rupture des liens de cohérence entre le traitement des différents groupes de professionels de l’éducation, c’est toute la structure salariale du secteur de l’éducation qui est remise en question. Équilibre entre les revenus et les dépenses des caisses de retraite. Rien de moins. Je vais illustrer la chose avec quelques exemples.

Les enseignants et les professionnels en éducation reçoivent des salaires annuels à peu près équivalents. Le jour où les enseignants recevraient l’augmentation promise par la CAQ, quel enseignant voudrait accepter une réduction de salaire de 20% pour aller occuper un poste de professionnel ? Qui accepterait une réduction de salaire pour devenir conseiller pédagogique, agent de réadaptation ou orthopédagogue professionnel ? Que diront, tant qu’à eux, les psychologues scolaires, les conseillers en information scolaire, les conseillers en orientation, les psycho-éducateurs, et tous les autres professionnels?Qui voudra occuper un poste de direction adjointe dans une école primaire ou une petite école secondaire alors que le salaire actuel d’un adjoint de ce type d’école est moins élevé que salaire actuel d’un enseignant qu’on majorerait  de 20%? Le traitement maximum d’un directeur adjoint du primaire ou d’une école secondaire, petite ou moyenne, est actuellement de 77 118$. Le salaire MOYEN (pas maximum) d’un enseignant majoré de 20% serait de 78 000$ par année environ. Pour un enseignant d’expérience, le salaire dépasserait les 85 000$. Rien pour vous attirer vers un poste de direction. Alors ?

A-t-on  finalement seulement mesuré les impacts actuariels de ces éventuelles augmentations sur les caisses de retraite des enseignants? Cinq ans après qu’on ait accordé ces augmentations, des enseignants pour lesquels on aura prévu de longue date une rente de retraite de près de 50 000$ par année, recevront près de 60 000$. Et on me dira que ça n’aura aucun impact sur la caisse ? On va faire quoi pour ajuster ? Augmenter les cotisations ? Repousser l’âge de la retraite ? Investir davantage, ce qui va augmenter la facture initiale de 950M$ annoncée par M. Legault.

Non, je n’ai rien lu là-dessus. Rien. Laissez-moi vous dire que ça témoigne d’une absence de vision systémique. Tiens, une dernière: La CAQ prévoit geler les subventions aux écoles  privée et ainsi récupérer autour de 60M$ si je me rappelle, dans le but de constituer la cagnotte de 950 millions requise pour mieux payer les enseignants. Que feront alors les écoles privées qui ont pour plusieurs, dans leurs conventions collectives ce qu’on appelle des clauses-remorque ? Pour les non-initiés, il s’agit de clauses qui font en sorte que les hausses de salaire consenties aux enseignants du public s’appliquent « mutatis mutandi » aux enseignants du privé. Ça va être plaisant à gérer avec des subventions gelées… remarquez que je ne tirerai pas une p’tite larme là-dessus. Je ne suis juste pas certain qu’on ait vu ça du côté de la CAQ. C’est ce manque d’anticipation qui me consterne. Après on se plaint quand on se fait traiter d’apprentis sorciers.

Alors voilà. Et je ne parle pas de la question de l’abolition des commissions scolaires qui nous mène tout droit vers une centralisation du système  avec des pouvoirs plus grands que jamais concentrés au MELS et dans ses succursales régionales. Non, ce qui est inquiétant c’est rien ne semble réfléchi à fond, que les élections s,en viennet et que Legault s’est engagé à agir dans les 100 premiers jours de son mandat. Peut–être nous dira-t-il qu’il voulait dire mille finalement…

Ce qui m’inquiète, c’est que moi, un p’tit DGA d’une commission scolaire du 450 je sois capable de voir venir ces choses-là et d’en parler. Pas les caquistes ? Des promesses intenables que je vous dis.

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Marc St-Pierre
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Le 21 février 2012 à 19 h 25 min   

J’ai ramassé cet extrait sur tweeter l’autre jour. Ça résume assez bien le fond de ma pensée sur la question des commissions scolaires en particulier et la société civile en général. Là-dessus, je rejoins tout à fait la pensée de Claude Ryan, l’auteur du texte. Hors de toute partisanerie, je prends la peine de le préciser. Parce que bien sûr, il s’agit d’un texte signé de Ryan, le libéral, qui décrit les valeurs auxquelles lui et son parti adhèrent. Un « statement ».

CE QUE J’ÉCRIVAIS SUR LE SUJET L’AUTOMNE DERNIER

En réaction à la position de la CAQ sur la question de l’abolition des CS, j’avais écrit que:

  »S’il y avait des élections demain matin, je ne voterais pas pour une coalition provinciale de droite qui propose la disparition d’institutions politiques locales responsables de l’organisation de services éducatifs pour la population d’un territoire donné. Je ne serais pas d’accord avec une mesure comme celle- là parce ce que ce serait, sur le fond, une perte pour la démocratie, nonobstant tout ce qu’on peut écrire sur les commissions scolaires et la participation à l’élection des commissaires ». J’ajoutais ensuite que: « Faire disparaître les CS, ce serait, sur le fond, affaiblir le pouvoir citoyen et renforcer, conséquemment le pouvoir central. »

LE TEXTE DE CLAUDE RYAN

Alors voici cet extrait tiré du texte de Claude Ryan, dont la version intégrale est disponible sur le site web du Parti libéral du Québec.

« Les municipalités et les commissions scolaires offrent un bon exemple de la manière dont le Parti libéral conçoit les rapports entre l’État et la société civile. D’un strict point de vue juridique, municipalités et commissions scolaires sont en effet des « créatures de Québec ». En principe, selon ce point de vue, le gouvernement peut donc agir à sa guise avec elles. Cette définition strictement juridique des municipalités et des commissions scolaires ignore cependant un autre aspect non moins important de leur nature : si ces organismes tiennent leur existence et leurs attributions juridiques de Québec, leurs dirigeants tiennent par contre leur mandat de la population. Elles sont en conséquence des institutions politiques, non de simples succursales ou relais administratifs du gouvernement. Dans deux cas précis, le gouvernement Bourassa a transféré aux municipalités et aux commissions scolaires dans les années 90 des responsabilités qui avaient jusqu’alors été exercées par le gouvernement. Dans chaque cas, le transfert de responsabilités fut accompagné de l’octroi de sources additionnelles de revenus.

Un gouvernement soucieux d’efficacité et de durée doit s’efforcer d’établir des rapports de collaboration avec les organismes de la société civile et de chercher à les associer à l’action gouvernementale. Les gouvernements libéraux ont créé de nombreux organismes à cette fin : le Conseil supérieur de l’éducation, le Conseil des arts et lettres, le Conseil du statut de la femme, le Conseil des communautés culturelles, le Conseil permanent de la jeunesse… »

« Un gouvernement soucieux de durée » … J’ai bien relu et c’est écrit « soucieux de durÉE« , pas ER. Je l’aime vraiment celle-là. Vraiment. Merci M. Ryan. J’irai vous dire un bonjour à Saint-Philippe ; )

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Marc St-Pierre
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Le 20 février 2012 à 15 h 41 min   

Les taux de décrochage au Québec n’ont jamais été aussi bas depuis 30 ans et les taux de diplomation n’ont jamais été aussi élevés. La tendance globale est à l’amélioration, c’est indéniable. Et c’est tout à l’honneur de ceux et celles qui travaillent fort pour ça. Bien sûr que ça pourrait être mieux. Bien sûr qu’il y a des milieux où c’est plus difficile, d’autres où ça va mieux. Il ne faut pas s’asseoir, c’est clair. Mais de là à dire « Le gouvernement OSE dire que le décrochage est en baisse, c’est FAUX« , il y a une marge, que dis-je, un monde.

Et qui se permet des affirmations aussi grosses et peu subtiles: Chantal Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d’écoles. Dans une entrevue accordée au réseau TVA cette fin de semaine, en plus de l’affirmation précédente, elle a pratiquement dit que si les écoles privées réussissent mieux que les écoles publiques, c’est parce qu’elles sont autonomes, que l’argent leur parvient directement, sans que les bureaucrates ponctionnent, ce qui leur permet de mettre des services en place. Jugez-en par vous-mêmes, l’entrevue est ici. Je ne sais même pas si elle comprend ce qu’est un taux de décrochage, et elle devrait aussi s’informer pour voir comment ça fonctionne le financement des écoles privées, des CS et des écoles publiques. Et peut-être se rappeler, qu’au privé on sélectionne les élèves.

Le meilleur, c’est lorsqu’elle parle des ressources dont les méchantes CS priveraient leurs écoles. Ben oui, les CS détournent cet argent-là et le cache dans des comptes off-shore. La réalité est pourtant autre: Le rapport de la dépense globale des commissions scolaires sur le PIB est plus élevé au Québec que dans la moyenne du reste du Canada, même si la durée de l’enseignement primaire et secondaire y est plus courte (11 ans au Qc vs 12 ans au Canada). Entre 2004 et 2008, la dépense par élève a augmenté de 27% en dollars courants et de 18% en dollars constants.

Ces augmentations sont dues en bonne partie aux nouvelles mesures de réinvestissement et de développement par exemple, programmes de lutte au décrochage scolaire, réduction de la taille des classes au préscolaire et au premier cycle du primaire, augmentation du temps d’enseignement au primaire, soutien aux élèves à risque et aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA). Je suggère à Mme Longpré de moins courir les micros et de lire les règles budgétaires des commissions scolaires, de jeter un coup d’oeil du côté des embauches de professionnels ces dernières années.

Si elle faisait ses devoirs avant de se présenter en ondes, elle irait voir du côté des indicateurs de gestion des commissions scolaires et se rendrait compte de certaines choses élémentaires, notamment l’augmentation du nombre de professionnels en proportion du nombre d’élèves depuis quelques années. Même chose du côté des enseignants et du personnel de soutien. Alors, si les ressources augmentent et comme elle le prétend, le décrochage ne cesse d’augmenter, il faut comprendre quoi ? Que ces ressources ne sont  pas bien utilisées dans les écoles????  Que les écoles gèrent à courte vue, investissant leurs ressources dans des mesures de remédiation plutôt que d’investir dans des approches préventives, des mesures réputées efficaces ? Qu’elles préfèrent surcharger leurs orthopédagogues que de privilégier des approches pédagogiques plus efficaces en salle de classe pour tous les élèves? Que les psychologues, orthopédagogues et psycho-éducateurs qu’on embauche en plus grand nombre, les boss des CS les gardent à leur service privé et à celui de leurs enfants ?

À bien y penser, peut-être que je détournerais un peu d’argent du programme d’aide aux devoirs, pour aider Mme Longpré et ses amis caquistes à faire les leurs avec un peu plus d’application.

Tout ça sent la CAQ, la petite politique. C’est malheureux. C’est triste. Rien de bien positif pour le réseau de l’éducation là-dedans.

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Marc St-Pierre
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Le 14 février 2012 à 15 h 47 min   

 

Note: ceci est une réponse à un commentaire formulé par Alexis Gagné à la suite du billet « Une image vaut mille mots«  

Bonjour Alexis,

Juste en passant, tu sais pourquoi les taux de diplomation ont chuté en 85-86? Simplement parce que cette année-là on a décidé à Québec de hausser la note de passage au secondaire à… 60%, alors qu’elle était de 50%. Chaque fois qu’on rehausse les exigences de diplomation, les taux diminuent. Ça a été vrai quand on a rendu la réussite des sciences de sec 4 obligatoires pour obtenir le DES. Même chose pour les maths. En même temps, on a rehaussé le contenu de ces programmes eux-mêmes. L’autre jour je révisais une épreuve de fin d’année de 3e secondaire en maths. Le niveau de difficulté de cette épreuve n’avait rien à voir avec ce que j’enseignais en mathématiques en 3e secondaire au début des années 90.

Tu as probablement là, j’en fais l’hypothèse, la raison pour laquelle nos élèves réussissent si bien aux examens internationaux, mais décrochent quand même: nos programmes de base, ceux de la formation commune, ont un contenu exigeant.

Tu me demandes si je crois que nous pourrons atteindre un jour des taux de diplomation de 85% ou plus. Probablement, mais à la condition où on se donne une orientation basée sur les résultats de recherche. On ne devrait plus rien implanter dans nos écoles qui n’ait d’abord été évalué de façon rigoureuse dans le cadre de recherche de type expérimentale. Pas des recherches descriptives ou des perceptions. Des recherches avec des protocoles rigoureux où on assigne de façon aléatoires les groupes expérimentaux et les groupes témoins. Qu’on s’appuie également sur des principes, des façons de faire qui ont subi le test de méta-analyses ou mieux, de méga-analyses. C’est ce qu’on a tenté de faire chez nous, principalement pour ce qui concerne les premiers apprentissages en lecture et l’intervention précoce. La lecture, tu le sais, est un facteur déterminant pour la suite de la scolarité. Les plus récents propos de la ministre de l’Éducation à cet égard, les précisions qu’elle veut apporter au programme de français au début du primaire, me semblent plus encourageants, parce qu’ils visent le quoi, le pourquoi et le comment des interventions en salle de classe. C’est pas mal mieux que les actions en périphérie, encore une fois, que proposent une certaine formation politique. Mais en agissant de la sorte, en proposant une orientation de cette nature, on heurte des petits pouvoirs. Je suis de ceux qui souhaitent qu’on se donne au Québec une structure indépendante des lobbys, comme l’a fait l’Ontario avec son sécrétariat à la littératie et la numératie.

Le hic, c’est qu’actuellement, on me propose de me lancer dans un énergivore débat de structures, d’abolition, de dénonciation de conventions, où chacun, fort de sa petite ignorance, de sa ligne de parti et de ses éditoriaux va se prétendre expert. L’éducation a cruellement besoin de l’expertise des scientifiques et de gens capables de servir de « passeurs » entre les résultats de la recherche et les milieux de pratique. Ce que j’entends au lieu de ça, c’est qu’une bande d’apprentis-sorciers risque de venir foutre la pagaille et tuer dans l’oeuf une remontés des taux de persévérance où chaque point de pourcentage a été obtenu avec efforts.

Les taux de décrochage sont des précurseurs de la diplomation avant vingt ans. La tendance observée depuis quelques années est annonciatrice d’une remontée plus importante encore de la diplomation. Et ça s’explique: en général, plus les élèves persévèrent, plus ils risquent, à moyen terme, d’être diplômés.

Je te remercie pour tes bons mots sur les initiatives qu’a prises la commission scolaire pour laquelle je travaille. Mais ce qui a pu être réussi chez nous peut l’être ailleurs. C’est d’ailleurs le titre de la conférence que je donnerai au prochain congrès de l’AQETA: « Ce que d’autres ont réussi, on peut le réussir aussi ». C’est de St-Exupéry, mon auteur fétiche.

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Marc St-Pierre
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Le 14 février 2012 à 0 h 29 min   

Contrairement au mythe entretenu par certains porte-paroles de la CAQ, la façon dont au Québec on calcule les taux de décrochage est la même depuis une dizaine d’années. On compte chaque année le nombre total de jeunes qui ont quitté l’école . Parmi ceux-ci on dénombre ceux qui, après un certain temps, n’ont pas obtenu de diplômes et ne sont pas inscrits dans une école au Québec, et on établit un taux.

Par exemple, supposons que dans une commission scolaire 2000 élèves ont quitté l’école et que parmi ceux-ci, après une période de temps déterminé, 200 parmi ces sortants n’ont pas obtenu de diplôme et ne sont pas inscrits dans un établissement scolaire. Cela fera 200 sortants sans diplôme sur les 2000 élèves qui ont quitté cette année- là leur commission scolaire. On parlera alors d’un taux de décrochage de 10%.

Le MELS avait l’habitude de prendre la « photo » du décrochage en décembre, accordant ainsi un « sursis » de 4 mois aux décrocheurs pour revenir à l’école ou, si vous préférez, pour permettre aux CS et à leurs partenaires de raccrocher ces jeunes. Le taux observé en décembre devenait le taux officiel pour une année donnée. Le hic, c’est que sur le terrain on observait qu’un certain nombre d’élèves finissaient par revenir sur les bancs d’écoles après décembre. La décision a alors été prise de reporter la prise de photos de quelques mois pour pouvoir obtenir un portrait plus juste encore de la situation réelle du décrochage. Évidemment, cette décision a eu pour effet d’améliorer les taux officiels de persévérance! Puisqu’on allongeait d’une certaine façon la période de sursis. Mais cela reste un portrait précis, dans le temps, de la situation du décrochage pour une cohorte donnée d’élèves.

Mais, que ces taux soient un peu plus hauts ou un peu plus bas, dans les deux cas, on observe une tendance à la hausse. Nouvelle « méthode » ou ancienne, la tendance est tout de même à la hausse pour ce qui concerne la persévérance. Ce que nient les gens de la CAQ.

Il reste que c’est assez loufoque de devoir expliquer cela aux gens d’un parti dirigé par un ex ministre de l’Éducation. Pas qu’il n’est pas au courant de tout cela, il l’est. Mais, politiquement, ça ne l’arrange pas.

 

 

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Marc St-Pierre
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Le 9 février 2012 à 16 h 12 min   

Voici les données les plus à jour sur la situation du décrochage scolaire au Québec. Y a-t-il encore quelqu’un pour dire qu’il ne se dégage pas de ces données une nette tendance à l’amélioration de la persévérance ??? Qu’il est aussi faux de prétendre comme le font les gens de la CAQ, que la situation stagne depuis 30 ans ??? J’espère que cette image vaudra mille mots.

Ma crainte, et je le répète, c’est que des gens s’acharnent à dire que tout va mal parce que ça sert leur projet poltique, leur tirage ou leur cote d’écoute. Je ne suis candidat d’aucun parti, ni militant. Je suis de ceux qui se retroussent les manches sur le terrain et qui ont le culot d’appeler des décrocheurs chez eux pour leur offrir des alternatives. Et quand je vois ça, les données officielles, je n’ai pas l’impression de charrier des pierres à longueur de journée en chiquant la guenille. Ça me donne l’impression que je contribue à l’édification de quelque chose qui pourrait ressembler à une cathédrale. Alors entendre dire que ça stagne depuis trente ans, que ce sont là des chiffres bidon, je le prends, je l’avoue, « très personnel ». Insultant. Insulte à l’intelligence et insulte à ceux qui ont travaillé pour arriver là. Y’a des gens qui sont cyniques vis-à-vis la politique à cause des enveloppes brunes, moi, c’est la mauvaise foi qui me rebute.

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