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Marc St-Pierre
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Le 14 mai 2012 à 20 h 02 min   

Je viens , comme tout le monde, d’apprendre la démission de la ministre de l’Éducation, Mme Line Beauchamp. L’Histoire finira bien par nous apprendre quel a été son rôle dans cette crise, quelles ont été ses choix, ses décisions à elles. Je pense, tant qu’à moi, qu’elle aura été jusqu’à la fin, loyale à son chef.

Moi, je vais la regretter parce qu’elle laisse en friche un chantier qui pourrait avoir un impact considérable sur la réussite scolaire des jeunes québécois dans les années à venir.  Mme Beauchamp s’apprêtait à apporter des modifications au programme d’enseignement du français au préscolaire et au 1er cycle du primaire. Ces changements, elle préférait appeler cela des « précisions », auraient eu pour effet de recadrer les pratiques d’enseignement de la lecture, en introduisant notamment des éléments de littératie précoce dès la maternelle. Elle voulait des approches qui s’appuient sur la recherche, qui tirent parti d’évaluations rigoureuses et de certaines façons de faire plus efficaces.

C’est un dossier qui lui tenait à coeur et qu’elle menait jusque dans l’arène politique, avec en face d’elle, un certain establishment corporatif qui voyait une menace dans ces changements. Je pense notamment aux représentants de l’Association de l’éducation préscolaire du Québec et à l’Association québécoise des professeures de français de même qu’à certains professionnels de son propre ministère, près de ces lobbys.

N’étant pas pédagogue de formation, elle s’était rendue chez nous, dans une classe de maternelle, pour voir in situ de quoi avaient l’air ces approches d’enseignement précoces de la lecture. Elle avait vite réalisé qu’on n’était pas en train de transformer nos classes de petits en « boot camp ».

On aura donc un nouveau ministre, qui devra se constituer un nouveau cabinet, le personnel politique de Mme Beauchamp quittant théoriquement avec elle. Et il ne se passera plus grand chose d’ici les prochaines élections. Et il y aura des élections, et après on ne sait pas.

Madame Beauchamp, au-delà de cet épisode houleux des prêts et bourses, je garderai de vous et de votre personnel politique un bon souvenir. Je regrette que les circonstances que nous connaissons ne vous aient pas permis de mener à terme le dossier de l’enseignement précoce de la lecture.

AJOUT

Après la rédaction de ce billet, j’ai appris comme tout le monde le retour de Mme Courchesne à l’Éducation. Quant à moi, c’est loin d’être une mauvaise nouvelle. Pour les commissions scolaires des Laurentides, ça signifie que plusieurs dossiers pourront continuer de cheminer, Mme Courchesne étant depuis quelques années la ministre responsable de notre région. Pour ce qui concerne le dossier de la littératie précoce, ce n’est pas mauvais non plus. En effet, c’est Mme Courchesne, lors de son passage initial à l’éducation, qui avait jeté les bases d’un investissement gouvernemental pour l’adaptation française du logiciel ABRACADABRA.

Ce logiciel, je le rappelle, a été développé initialement  pour l’enseignement de l’anglais langue maternelle aux élèves du préscolaire, 1ere et 2e année,par des équipes de recherche de l’Université Concordia. Son adaptation terminée, il sera utilisé pour soutenir les premiers apprentissages en littératie des élèves francophones. C’est un logiciel en ligne, gratuit, qui intègre les principes d’un enseignement efficace de la lecture, notamment l’ensemble des recommandations du National Reading Panel.

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Marc St-Pierre
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Le 8 mai 2012 à 13 h 36 min   

Contrairement à ce que j’ai écrit plus bas,  la CAQ n’a jamais écrit dans le cahier remis à ses congressistes qu’elle se donnait une cible de diplomation de 85% d’ici 2020. J’aurais dû revérifier, je ne l’ai pas fait, c’est une erreur de ma part. La cible de la CAQ est donc identique depuis le début à la cible convenue entre le MELS et les CS . Toutefois ce qui reste vrai, c’est que la cible ministérielle vise 80% de diplomés avant l’âge de 20 ans et celle de la CAQ, 80% de diplomation, mais avant l’âge de 21 ans. La CAQ donne un an de plus aux jeunes pour décrocher un diplôme. Les corrections ont été faites dans le texte.

« Un gouvernement de la Coalition Avenir Québec se fixera comme objectif de faire passer de 72 % à 80 % le taux de diplomation des jeunes Québécois de 20 ans d’ici 2020. Il fera du problème du décrochage scolaire un élément central de l’action de l’ensemble du réseau scolaire et lui donnera les moyens requis pour atteindre cet objectif. »

C’est la proposition qui a été finalement été adoptée au congrès de la CAQ relativement à la diplomation des jeunes québécois. Dans la première version de cette proposition, celle du cahier remis aux participants du congrès, on parlait plutôt d’une cible de diplomation de 85%. Cette cible revue à la baisse est la MÊME qu’on retrouve dans la stratégie « L’école j’y tiens », celle qui a déjà été fixée au réseau scolaire par le gouvernement du Québec. En fait, non, pas tout à fait. La cible gouvernementale actuelle parle de 20% de diplomation, AVANT l’âge de 20 ans. La proposition de la CAQ inclue tant qu’à elle dans le calcul les élèves de 20 ans. Donc, ce que proposent les caquistes c’est en fait une cible de  20% avant l’âge de 21 ans. Bref, une cible moins ambitieuse que la cible actuelle.

À moins que la CAQ ait décidé, mais ce n’est écrit nulle part, de ne plus tenir compte dans son calcul, des programmes de formation à l’emploi, FPT ou FMS. Dans cette éventualité, si la cible de la CAQ valait pour les élèves de moins de 20 ans, elle serait dans les fait légèrement plus exigeante que la cible ministérielle. On parle d’environ 2%-2,5% soit la contribution moyenne des programmes FPT et FMS aux taux globaux de diplomation . Par ailleurs, compte-tenu du fait que la CAQ donnerait un an de plus aux étudiants pour se diplômer, la cible devient tout à fait équivalente, puisque cette année supplémentaire permet à plus d’élèves d’aller chercher un diplôme.

Alors, tout ce remue ménage pour une cible que le réseau scolaire québécois est en voie d’atteindre de toute façon ?

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Marc St-Pierre
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Le 3 mai 2012 à 15 h 14 min   

Le Dernier restaurant est un blogue personnel. Bien que je puisse traiter de sujets d’intérêts généraux, partager des réflexions ou des expériences personnelles sur la vie, l’univers et le reste, j’écris principalement sur l’éducation. J’ai un parti pris pour l’école publique, parce que fondamentalement, elle est ouverte à tous. Les questions de  justice sociale, d’équité, de lutte à la pauvreté et à l’exclusion m’inspirent pour écrire sur l’école. Je crois au développement régional, fut-il économique ou social. Je crois aussi que ce développement doit être pris en charge par les communautés impliquées, à travers des instances de gouvernance locales, dirigées par des élus locaux. Et je crois que l’éducation a un rôle majeur et concret à jouer dans le développement des communautés.

J’ai un parti-pris pour l’éducation, mais pas de parti pris politique, au sens partisan du terme. Quand je me permets de critiquer une formation politique, ce sont ses positions en éducation que je critique. Principalement celles qui concernent le secteurs d’enseignement du  primaire, du secondaire et de la formation professionnelle. Je connais peu le milieu collégial, et très peu le milieu universitaire.  Je ne parlerai pas dans ce blogue des principes qui devraient, par exemple, présider à la régulation des marchés financiers, parce que je n’y connais rien.

Par ailleurs, je soumets mes points de vue, quelquefois tranchés, aux échanges. Sinon, pourquoi alimenter un blogue ? Tous les points de vue peuvent être exprimés ici, dans la mesure toutefois où je peux savoir qui les émet. Et dans la mesure où ce sont des points de vue, en lien avec le propos du billet. Pas des attaques personnelles, ou de vagues allusions.  Je n’ai pas de problème, a priori, à publier les commentaires de gens qui utilisent un pseudonyme, dans la mesure où ce qu’ils écrivent, ils seraient capables de me le dire personnellement  à visage découvert. Si je me rends compte qu’au lieu de se servir de l’anonymat pour se protéger, parce qu’on peut avoir des raisons pour ça, on s’en sert pour m’attaquer ou attaquer d’autres personnes, c’est clair que je ne publierai pas. Bien évidemment, je ne nourris pas les trolls.

Je n’ai jamais eu à ce jour à retirer un billet que j’avais déjà écrit. Je ne compte pas le faire non plus, à moins de force majeure. Je me permets à l’occasion de modifier un billet déjà publié, mais strictement parce que je corrige l’ortghographe  orthographe, ou remanie une tournure de phrase. Pas pour modifier le sens du message. Si je devais le faire, je le mentionnerais de façon explicite (correctif ou ajout  apparaîtrait dans le titre avec la date de la modification), j’ajouterais un commentaire pour préciser ma pensée ou je rayerais le texte original dans le billet, pour le remplacer par le nouveau.

Ce que j’écris n’engage que moi. Je n’écris au nom de personne. J’écris bien sûr à la lumière des expériences vécues, du chemin parcouru. Pour en savoir plus long sur mon cheminement, vous pouvez aller voir qui je suis.

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Marc St-Pierre
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Le 27 avril 2012 à 15 h 02 min   

En proposant l’abolition des commissions scolaires et la création d’écoles autonomes possédant une identité juridique propre, la CAQ ouvre un chantier immense. À mon sens, ce chantier va drainer tellement d’énergie et de ressources, qu’il va faire passer au second plan la mission éducative.  J’ai déjà adressé un certain nombre de questions aux gens de la CAQ. Ils ne se sont jamais aventurés à y répondre. Ça a commencé par des « On verra », des « attendez, on est même pas encore un parti » et puis « attendez, ce sera plus clair après le congrès », ou « on sait bien, vous êtes cadre de commission scolaire », un de ces bureaucrates démonisés qui parasiteraient le système .  

Aux questions déjà posées, j’ajoute celles-ci. Je les adresse explicitement à Éric Caire, puisqu’il est le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation. Car ces questions  sont là, bien réelles, elles sont au cœur des enjeux d’autonomie, de répartition des pouvoirs et des ressources. Et des services aux élèves et à la population.

  • Actuellement, des citoyens-parents qui ne sont pas d’accord avec une décision prise par une école ou un service de la CS, peuvent en appeler devant le conseil des commissaires.  Qui aura désormais ce pouvoir ?
  • Qui aura le pouvoir d’expulser un élève d’une école ? Qui devra répondre de cette décision ? Quel sera le recours de cet étudiant ou de ses parents ?
  • Qui sera le patron des directions d’écoles ? Qui va les recruter, les embaucher, les affecter à une école, les évaluer, les promouvoir ? Prendre à leur égard, le cas échéant, des mesures de redressement, voire disciplinaires ?
  • Qui va s’assurer que toutes les personnes d’un territoire donné reçoivent les services éducatifs auxquels ils ont actuellement droit en vertu de la loi  et s’assurer que l’offre globale de services est prise encharge réellement ?
  • Qui va représenter le secteur de l’éducation aux différentes instances régionales, administratives ou politiques ? (Tables interordres, Centres locaux de développement, Conférences régionales d’élus, etc)
  • Qui aura le pouvoir d’établir des écoles ? De modifier des actes d’établissements ? D’entendre les citoyens sur ces questions ?
  • Qui va établir les critères d’inscription dans les écoles, les règles de passage du primaire au secondaire ? Qui va gérer la question des choix d’écoles ?
  • Qui va être responsable du processus de détermination des bassins d’écoles, quels élèves de quels territoires iront à telle école ? Qui entendra les parents, les écoles ? Qui tranchera en fin de course ?
  • Qui va être responsable de la question des maintiens ou de fermetures d’écoles ? Entendre les parties prenantes ?
  • Qui va établir le niveau et la nature des frais que chargent les écoles aux parents ? Qui va établir des balises, assurer un contrôle ?
  • Qui va permettre à une école secondaire ou primaire de mettre en place un programme sélectif à caractère régional ? Qui va baliser les procédures, les règles d’inscription à ces programmes particuliers ?
  • Qui va être responsable de conclure et gérer des ententes de complémentarité entre organismes scolaires ? Les ententes extraterritoriales ?
  • Qui va définir la carte scolaire ? Selon quel processus de consultation?
  • Qui va s’assurer que les établissements autonomes se conforment à leurs obligations légales et réglementaires ?
  • Qui va déterminer la nature du processus de traitement des plaintes ?
  • Qui prendra en charge les services de reconnaissance des acquis ? Des services d’accueils, de références, de conseil et d’accompagnement (SARCA) ?
  • Qui sera responsable du processus de vérification des antécédents judiciaires du personnel et des bénévoles ?
  • Comment va se faire l’affectation du personnel dans les écoles ? Qui prendra les décisions relatives à l’ouverture des nouveaux groupes d’élèves? Les déplacements d’élèves ?
  • Qui va déterminer, et selon quel processus, les règles  de décentralisation des ressources ? Qui rendra publiques ces règles et en rendra compte ?
  • Les écoles autonomes, fortes de leur nouveau statut juridique, devront-elles chacune  produire leurs propres états financiers et, le cas échéant, les soumettre à la vérification externe? Devront-elles embaucher des vérificateurs ?
  • Pourront-elles, ces écoles, contracter en leur nom, seront-elles responsables au plan juridique? Pourront-elles intenter des procédures en justice ? Être l’objet de telles procédures ? Actuellement, c’est la commission scolaire seule qui peut être poursuivie.
  • Qui va être responsable des règlements d’emprunts ?
  • Qui va s’occuper des procédures de vérification interne ?
  • Qui va s’assurer que le calendrier scolaire est respecté? Comment sera-t-il élaboré ? Sur quelle base ? Quels liens avec le transport des élèves ?
  • Qui sera responsable de l’application du Régime pédagogique ?
  • Qui sera responsable de l’organisation des services pour les élèves HDAA ? Qui sera responsable de l’élaboration et de l’application des règlements et politiques au regard de cette clientèle ?
  • Qui tranchera les litiges inter-écoles ?
  • Qu’adviendra-t-il des conventions de partenariat entre le gouvernement et les CS ? Qui sera responsable d’établir des conventions de gestion avec chacun des établissements ?
  • Les « Centres de services » auront-ils des pouvoirs ? Lesquels ? La CAQ parle de leur transférer certains des pouvoirs des directions régionales (DR) actuelles. Mais ce qu’elle semble omettre, c’est que les pouvoirs des DR sont en fait, via un processus de délégation et de subdélégation, les pouvoirs du ministre de l’éducation lui-même! Dans la loi sur le ministère de l’Éducation, le processus de délégation est clair. De plus, les DR n’ont aucune existence juridique. Elles ne sont que les antennes administratives du ministre dans chacune des régions. Alors va-t-on concentrer dans ces centres les pouvoirs du ministre EN PLUS de certains des pouvoirs actuels des commissions scolaires? Et on va appeler cela de la décentralisation ?

Beaucoup de questions direz-vous. J’en conviens, et en plus, ma liste est loin d’être exhaustive. Plusieurs des pouvoirs que la loi confère aux commissions scolaires peuvent être délégués  à des cadres de services ou des cadres d’écoles. Chaque commission scolaire a sa propre politique de délégation de pouvoirs. Il faudra harmoniser tout, clarifier le statut des « centres de services », ce qui est loin d’être fait. La CAQ dit de ces centres qu’ils s’occuperont de ce que les écoles ne peuvent s’occuper seules. On dit tout et on ne dit rien.

Je n’ose même pas aborder ici la question des relations de travail, de la négociation des conventions, du traitement des litiges, des comités consultatifs ou paritaires. Parce qu’actuellement, c’est la commission scolaire qui est ultimement l’employeur de tous ceux et celles qui travaillent dans les écoles et les services. Cette responsabilité sera-t-elle décentralisée dans les écoles ? Recentrée dans les 39 points de services ? Un peu de tout ? On verra ?

Non je vous dis, s’embarquer là-dedans va détourner tout le système de la mission éducative, pour quelques années au moins, sans aucune garantie de résultats. Sans s’appuyer sur des données véritablement probantes. Sur la seule foi. Et au nom du dogme néo-libéral et libre-entrepreneurial, mettre la hache dans une institution politique régionale.

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Marc St-Pierre
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Le 23 avril 2012 à 15 h 56 min   

Pour un jour espérer diplômer ou qualifier encore plus de québécois, il faut commencer par faire en sorte que la très grande majorité d’entre eux aient appris à lire avant la fin de la 1ère année du primaire. Ce n’est pas là une question d’argent ou de ressources, c’est une question de choix pédagogique et d’organisation de services. Les écarts entre les bons et les moins bons lecteurs à la fin de la 1ère année n’ont pas tendance à s’amoindrir au long du primaire, mais à se creuser davantage et à s’étendre à l’ensemble des disciplines.  Et parmi ces moins bons lecteurs, il y a plus de garçons que de filles, et plus de jeunes issus de milieux défavorisés que de milieux plus favorisés. Des jeunes qui vont passer au secondaire avec des retards d’apprentissage. Et les retards à l’entrée au secondaire  sont un bon prédicteur de décrochage.

Un enseignement précoce de la lecture, dès la maternelle, avec des approches qui s’appuient sur la recherche, ça donne des résultats. Des mesures d’appui organisées autour de modèles efficaces, tel que le modèle de réponse à l’intervention, ça fait aussi réussir plus d’élèves. Ça permet de réduire les écarts de réussite entre gars et filles, entre milieux favorisés et défavorisés. Et tout cela ne coûte pas plus cher que ce qu’on fait encore aujourd’hui dans beaucoup de classes au Québec.

Pour que ces choses-là se mettent en place, j’en ai parlé au dernier congrès de l’AQETA, il faut un leadership fort des directions générales de commissions scolaires. Peu d’écoles y arrivent seules. Il faut de la concertation au quotidien entre les équipes de recherche et les praticiens. Il faut ajuster constamment des choses. Mais il faut le faire.

Des économies majeures peuvent être réalisées en faisant en sorte que plus d’élèves sachent lire le plus tôt possible.  Et ce sont autant de ressources qui deviennent disponibles pour mettre en place des interventions dont la fréquence et le niveau d’intensité sont suffisants pour aider très tôt des élèves avec des difficultés spécifiques d’apprentissage ou de comportement. Je parle aussi de comportement, parce qu’il existe aussi des approches efficaces pour ça, des modèles précoces d’intervention aussi. Et sans compter les liens démontrés entre les troubles de comportement et les troubles en lecture dès l’entrée à l’école…

Peu d’écoles y arrivent seules, mais certaines, menées par des leaders hors de l’ordinaire, le font. Mais ce n’est pas suffisant. On a besoin d’un élément fédérateur pour que ces pratiques s’étendent à l’ensemble des milieux, et pour moi, cet élément, c’est la commission scolaire. Des gens proposent qu’on les abolisse et qu’on s’appuie strictement sur les initiatives locales d’écoles autonomes, sur les lois du marché, de la libre-entreprise « pédagogique ». Je n’y crois pas. On va fournir à ces écoles des « centres de services » basés sur un modèle d’entreprise : on va remplacer les commissions scolaires, des gouvernements locaux élus, par des incubateurs d’entreprises pédagogiques, des clones de centres locaux de développement, des chambres de commerce scolaires branchés directement sur le gouvernement central.

Ce qui va arriver ensuite est prévisible : des écoles vont en profiter pour se développer davantage, vont attirer chez elles plus de parents. Et celles-là, on les retrouvera davantage en milieux favorisés. D’autres vont stagner, péricliter. On risque de se retrouver avec un système public d’éducation à deux vitesses. Et on va avoir besoin de plus d’argent encore pour aider plus d’élèves en difficulté.Et parmi ces élèves en difficulté, il y aura toujours plus de garçons que de filles, et plus de jeunes issus de milieux défavorisés que de milieux plus favorisés. Des jeunes qui vont continuer à  passer au secondaire avec des retards d’apprentissage.

La CAQ, que ce soit son intention ou non, va détourner pour un bout de temps l’école québécoise des choix pédagogiques qu’elle a à faire pour régler à la source une des causes principales du décrochage. Elle va détourner l’énergie et les forces vives du milieu dans de stériles et démobilisateurs débats de structures. Et tout ça sous le couvert du sacro-saint principe d’autonomie des écoles. Cet autonomisme débridé, c’est la nouvelle solution miracle pour l’école québécoise. De la pensée magique cautionnée par les think tank de droite, soutenue par «  l’important travail pédagogique accompli par les médias de Quebecor  » (dixit F. Legault) et une certaine radio. 

Tout cela au moment ou enfin une ministre de l’Éducation prend acte des propositions qui lui sont faites pour améliorer les choses au plan pédagogique et reconnait l’efficacité de certaines façons faire qui ont en commun le fait de s’appuyer sur la recherche.

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Marc St-Pierre
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Le 17 avril 2012 à 15 h 52 min   

Sans prendre plus de temps qu’il ne le faut, j’ai annoté ce matin dans les marges la première des 59 résolutions que la CAQ fera adopter à ses membres lors du congrès de fondation de la prochaine fin de semaine. Il s’agit de la proposition sur l’autonomie des écoles et l’abolition des commissions scolaires. Je présume que les congressistes vont débattre de ça un gros 15 minutes. En effet, ils ont 59 résoltions à débattre, amender au besoin, et adopter. À 15 minutes par résolution, ça fait presque 14 heures non-stop. Plus de temps que ne durera tout le congrès, repas et pauses-pipi inclus.

Je ne comprends pas le calcul

La CAQ nous dit que les CS coûtent 600M$. En les abolissant, on compte récupérer 50% de cette somme et la remettre aux écoles pour qu’elles mettent place des services directs aux élèves. Or, plus loin, on indique que cette économie servira aussi à mieux payer les enseignants. Un coup les salaires des enseignants augmentés de 20% et celui des directions d’écoles aussi, je ne suis pas sûr qu’il va rester quelque chose pour les services. La CAQ a-t-elle de nouveaux chiffres à mettre sur la table ? Et les enseignants du privé ? On va faire quoi avec ceux-là ? On va les augmenter ou non ? Le cas échéant, avec quel argent ? Celui qu’on aura récupéré dans les CS ?

On dit que l’autre moitié du budget servira à mette en place les nouveaux centres régionaux de services où travailleraient la MAJEURE partie du personnel actuel des CS. Est-ce que je comprends qu’on va garder la majeure partie du personnel des CS avec la moitié seulement du budget ? Non, celle-là, je ne la comprends pas, d’autant plus que la grosse part du budget des CS est utilisée pour payer des gens. À moins que la majorité ce soit 50% plus un.  On va confier à ces centres, lit-on, les services dont les écoles ne peuvent, seules, assumer la gestion : transport, entretien, etc. Faut-il conclure que les gens qui travaillent aux services éducatifs et complémentaires des commissions scolaires, en majorité des professionnels, devront tous être licenciés ? Avez-vous une idée des plans d’effectifs requis pour ces centres ?

Augmenter le pouvoir des parents en donnant plus d’autonomie aux directions et plus d’autonomie aux enseignants: ouf…

La CAQ veut augmenter le rôle des parents qui s’impliquent bénévolement dans les écoles en leur donnant plus de pouvoirs. Mais plus de pouvoirs sur quoi, puisqu’on promet plus d’autonomie aux enseignants et plus d’autonomie aux directions ? Plus de pouvoirs sur leurs enfants ??? On ne dit mot dans ce « programme », sur le statut juridique des écoles. Actuellement elles n’en n’ont pas. C’est donc dire qu’elles ne peuvent contracter en leur nom, ne peuvent être poursuivies non plus devant les tribunaux. Est-ce que ce sera encore le cas ?

Les parents anglophones pourront être représentés sur les CE de leurs écoles (sic)

On promet ensuite aux anglos qu’ils seront bien représentés sur les CE de leurs propres  écoles… Mais sérieusement, c’est une blague ça ? Ce sont les parents des écoles anglophones qui élisent leurs représentants au CE aujourd’hui. En tout cas, c’est une promesse qui ne coûte pas cher. Comme promettre que Noël va être le 25 décembre. Maintenant, on garantit aux anglos que sur les 39 centres de services, neufs seront exclusivement rattachés aux écoles anglophones. Curieux, non? Le même nombre de centres de services qu’il y a de CS anglophones aujourd’hui… avec dedans, j’imagine, la majorité du personnel actuel, comme pour les francos

Geler la taxe scolaire: qu’est-ce que je ne comprends pas ?

Concernant la taxe scolaire, on veut en limiter le taux de croissance. Pourtant, le taux de la taxe est gelé à 0,35$ du 100$ d’évaluation foncière. Ce que veut faire la CAQ c’est de geler le montant net de la facture au niveau actuel pour éviter que l’augmentation de l’évaluation foncière ne pousse le compte de taxe vers le haut ? On va envoyer aux gens, chaque année, une photocopie du compte de taxes de l’année précédente? Comment on va faire pour rendre ça équitable ? Les nouvelles constructions, on va les taxer comment ? Un propriétaire qui rénove et double la superficie de sa maison, on fait quoi avec ? Et cette taxe, elle sert à payer les activités de gestion des CS, donc, une bonne partie des économies que veut réaliser la CAQ en abolissant les CS. Et en plus, on va amputer ce montant pour dédommager les villes ? Et envoyer l’argent directement à Québec… Taxation sans représentation ? Les américains ont fait une révolution pour ça.

Couper dans la démocratie régionale: centraliser les pouvoirs à Québec ?

Finalement, on veut abolir les élections scolaires. On s’engage à faire disparaître un gouvernement local. Moins de démocratie, pourquoi ? Pour plus de contrôle de l’État? C’est ce que ça laisse croire, tant qu’on n’aura pas précisé ce que sera le statut juridique des écoles et qu’on ne précisera pas la nature exacte des liens entre les centres de services et les écoles.

 Par exemple, on dit qu’on va abolir les directions régionales actuelles du MELS et qu’on transférera certains de leurs pouvoirs aux écoles. Mais les DR n’ont aucune existence juridique, ni dans la Loi sur l’Instruction publique, ni dans la loi du Ministère de l’Éducation. Le pouvoir de la direction régionale, c’est le pouvoir du ministre et du sous-ministre, délégué aux sous-ministres adjoints et subdélégué à la direction générale des régions. Alors, quels pouvoirs du ministre on va donner aux écoles ?

Il y a bien peu de chose qui tient la route  dans cette première résolution. Bien peu. C’est désolant. Ce n’est pas d’hier que je parle de ça. On m’a souvent répondu : attends de voir au congrès, ce sera beaucoup plus clair. Pour moi, c’est la même poutine, mise en page. Il faut questionner la CAQ, critiquer ses positions en éducation qui sont pour la plupart intenables, exiger des réponses précises. Ce n’est pas comme si seul Éric Caire devait répondre. Ce serait vraiment trop lui demander. Le chef de ce parti-là a été ministre de l’Éducation, qu’il réponde.

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Marc St-Pierre
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Le 4 avril 2012 à 15 h 52 min   

La mixité sociale à l’école, c’est payant. Des classes hétérogènes aussi. Il y a suffisamment de recherches qui ont été faites là-dessus. En gros, quand on met dans une même classe des élèves plus forts et des élèves plus faibles, les élèves plus faibles réussissent généralement mieux et les plus forts ne réussissent pas moins bien que si les uns et les autres étaient placés dans des classes séparées.

À Montréal, ce qui est déjà beaucoup de monde, 30% des élèves au secondaire fréquentent un établissement privé. Ces élèves ont pour la plupart été sélectionnés sur la base de l’argent et de leurs résultats scolaires. On peut supposer que si ces élèves retournaient massivement à l’école publique, en vertu des impacts de l’hétérogénéité, plus d’élèves faibles réussiraient, sans qu’aucune mesure supplémentaire ne soit requise. Du simple fait de la mixité. Et probablement que le taux global de décrochage public-privé en 2009-2010 aurait été plus bas que 17,4%. Question de synergie. Permettre la sélection des élèves sur la base de l’argent ou des résultats scolaires, au public comme au privé, c’est entretenir un déficit éducatif structurel. Ça coûte cher. Comme si, au lieu de baisser le chauffage, on augmentait la climatisation, avec comme résultat des coûts d’énergie trop élevés.

Est-ce à dire qu’il faut fermer les écoles privées ? Ça dépend. Je pense qu’on pourrait subventionner à 100% celles qui accepteraient de recevoir tous les élèves d’un territoire donné, sans sélection aucune, comme le font les écoles secondaires publiques. Pour les autres, on coupe le financement. Totalement.  Pour en finir avec le profilage social. J’aimais bien les propositions de Jean-Pierre Proulx publiées dans l’Actualité d’octobre 2009. Des propositions comme le dit M. Proulx: «  (…) qui sont politiquement réalistes, moyennant de la vision et du courage ».

Est-ce que les principaux partis politique du Québec prennent acte de ces constats de recherche ? Faisons le tour.

 

Au parti libéral

Le gouvernement du Québec, un gouvernement libéral,  travaille avec les gens du privé pour que ceux-ci admettent davantage d’élèves en difficulté. La ministre Beauchamp a fait appel à leur responsabilité sociale des gens vis à vis ces élèves. Aux écoles publiques sélectives aussi. Ce n’est pas un dossier qui a l’air d’avancer très vite. Par ailleurs, sur son site, le PLQ continue de parler de « saine émulation » entre le privé et le public. Ça, je n’y crois pas.

À la CAQ

La CAQ  propose de geler les subventions du privé pour quelques années, une initiative que je salue bien bas, je dois le dire. En fait, je crois qu’on cessera, de façon progressive, de financer les coûts de système du privé. La facture sera fort probablement assumée par les parents. Une augmentation d’au moins 6% selon moi. Cet argent qu’on ne versera pas au privé, servira à mieux payer les enseignants du public, car aux dernières nouvelles, la CAQ n’aurait pas prévu augmenter de 20% le salaire des enseignants du privé. Mais. comme ils disent, on verra bien. 

Au PQ

Pour ce qui concerne le PQ, il prévoit dans son programme des mesures pour forcer l’intégration, mais surtout la rétention, des élèves en difficulté dans ces écoles, à défaut de quoi, elles verraient leurs subventions diminuer progressivement. Ça ressemble aux propositions de Jean-Pierre Proulx. Mais on est loin du programme péquiste de 1976: «le Parti québécois s’engage, d’une part, à réaliser une planification financière et pédagogique des secteurs public et privé dans une perspective d’intégration progressive du secteur privé au secteur public d’autre part, à réduire progressivement les subventions de l’État aux écoles privées non intégrées, sur une période de cinq ans … »

À QS

Pour Québec solidaire, il faut couper les subventions au privé et les transférer au public.  

Une courte conclusion

Plus les gens sont instruits au Québec, plus ils ont tendance à voter. Et au Québec, les gens les plus instruits ont plus tendance à inscrire leurs enfants au privé. Dans un contexte électoral où les intentions de vote ne semblent pas encore cristallisées, je pense que les partis qui aspirent sérieusement au pouvoir vont vouloir ménager l’électorat sur cette question et ne pas mettre ces propositions à l’avant plan. Pourtant la question de la mixité sociale à l’école devrait être au centre des débats sur l’éducation, puisqu’elle est en lien direct avec la détermination sociale des résultats scolaires, donc au coeur des questions d’équité et de justice sociales, de lutte à la pauvreté et à l’exclusionEt de lutte au décrochage.

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Marc St-Pierre
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Le 3 avril 2012 à 15 h 57 min   

Alexis Gagné me suggérait ce matin de modifier le nom de mon blogue. Il m’a suggéré: « La CAQ est pourrie ». Il trouve que ce nouveau nom finirait par être plus approprié si je continuais à casser du sucre sur le dos des caquistes.  Il est vrai que je n’ai pas été tendre. J’essaie de les « challenger », c’est tout. De les influencer en faisant ressortir certaines incohérences dans leur discours. Je donne des arguments, je fournis des chiffres. À eux de faire ce qu’ils veulent avec. Je ne produis pas de matériel diffamatoire, de campagne négative. Mais au-delà de cela, la CAQ est le seul des partis politiques québécois pouvant légitimement aspirer au pouvoir à s’être engagé à faire disparaître des gouvernements locaux élus. Et c’est cet engagement de leur part qui m’a amené à écrire ceci:

S’il y avait des élections demain matin, je ne voterais pas pour une coalition provinciale de droite qui propose la disparition d’institutions politiques locales responsables de l’organisation de services éducatifs pour la population d’un territoire donné. Je ne serais pas d’accord avec une mesure comme celle- là parce ce que ce serait, sur le fond, une perte pour la démocratie, nonobstant tout ce qu’on peut écrire sur les commissions scolaires et la participation à l’élection des commissaires ». J’ajoutais ensuite que: « Faire disparaître les CS, ce serait, sur le fond, affaiblir le pouvoir citoyen et renforcer, conséquemment le pouvoir central »

Évidemment, cette position quant à la vision et au rôle des CS, et ce n’est pas ma faute, est aussi celle du PLQ et, il me semble, du PQ, deux autres partis qui peuvent aussi aspirer légitimement au pouvoir. Il y en aura pour dire que je parle ainsi parce que je suis un cadre de commission scolaire et que je me fous de l’idéal de démocratie locale que j’évoque. Too bad. Faites le tour de tous les fonctionnaires que vous connaissez, peu importe le palier de gouvernement où ils travaillent. Ils vous diront tous ou presque que ce qu’ils aiment le moins dans leur travail c’est d’aller rendre des comptes à des élus. Ils s’en passeraient. Et plusieurs aimeraient bien se retrouver cadre dans une de ces directions régionales nouveau genre que propose M. Legault pour ne plus avoir à rendre de comptes aux représentants de la population. Alors vous voyez, c’est de la démocratie locale que je me préoccupe, du droit d’une collectivité locale ou régionale à prendre en main son développement. Pas de ma job.

Je n’écrirai pas moins pour dénoncer certaines positions caquistes. Je me suis cependant engagé vis à vis Alexis Gagné à écrire un billet positif pour saluer la volonté de la CAQ de geler les subventions des écoles privées.  J’écrirai cependant un peu plus sur autre chose aussi. Promis.

 

 

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Marc St-Pierre
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Le 2 avril 2012 à 17 h 38 min   

Le 28 mars dernier, François Lemay, twitteur et participant actif du comité-éducation de la CAQ, assiste à une rencontre de son parti à Granby. Dans la soirée, il twitte en direct ce qui s’y passe et ce qui s’y dit, notamment ceci: « Bonnardel sur l’éducation:ceux qui visent 20-25% de décrochage, c’est inacceptable, il faut viser 5% et y investir. » Un échange entre moi et François a suivi, cordial, comme à l’habitude. Je voulais bien comprendre. Ce qui m’a amené à écrire ce billet qui m’a valu une volée de bois vert de quelques sympathisants caquistes. On m’a accusé d’être malhonnête, de publier de la « crasse », et j’en passe. On m’a reproché de citer hors-contexte, puisque je n’étais pas sur place, de ramasser n’importe quoi sur twitter pour en faire un article. Pourtant je le répète, les propos attribués à Bonnardel ont été retransmis en direct par un membre du comité éducation de la CAQ. Ce matin, François Lemay a même été désigné comme candidat caquiste sur la rive-sud de Montréal.

En feuilletant plus tard les hebdos régionaux, j’ai peut-être compris pourquoi mon billet a tant choqué: la rencontre de Granby se déroulait à huis-clos. Aucun journaliste invité. Avoir su, je n’aurais pas utilisé les propos  que rapportaient Framçois pour ne pas le mettre dans l’eau bouillante. Parce qu’en twittant, il violait le huis-clos. Sans mauvaise intention! J’en suis convaincu. Voilà. Mais la chose twittée devenue publique, je crois que j’étais légitimé de m’en servir.

Au-delà des attaques personnelles, aucune réponse aux arguments que je présentais.

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Marc St-Pierre
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Le 30 mars 2012 à 16 h 05 min   

L’autre soir, la CAQ a tenu un rassemblement à Granby. J’ai suivi l’événement quasiment en direct par l’entremise des comptes Tweeter de quelques caquistes 2.0. Et j’en ai lu une bonne, confirmée le lendemain par des sources présentes sur place . Il s’agit de François Bonnardel. Il a pourfendu ceux et celles qui se proposent de ramener le taux de décrochage au Québec aux alentours de 20%…alors que ce taux était, selon les dernières données disponibles, de 17,4% pour 2009-2010. Anyway, ne cherchez pas le lien logique. L’explication n’est pas mathématique, mais politique: le programme caquiste en éducation repose sur la prémisse qu’on a un bon système d’éducation, mais que trop de jeunes décrochent malgré tout. Ils ont fait des promesses là-dessus et maintenant, ils ont besoin que ça aille mal.

Mais la meilleure ce n’est pas celle-là. La meilleure c’est quand François Bonnardel, sans doute porté par l’enthousiasme militant a dit que la CAQ visait un taux de décrochage maximum de 5%. Oui, vous avez bien lu, de 5%. Là je me suis dit: voilà un des leaders de la CAQ, sans doute ministrable, qui se met à lancer des cibles qui font de grossses images, de belles manchettes, mais qui sont totalement irréalistes. Et pas besoin d’un doctorat pour comprendre pourquoi. Au départ, Bonnardel n’a pas l’air de savoir qu’entre 3% et 4% de la population du Québec a une déficience intellectuelle. On parle de personnes pour lesquelles l’obtention d’un DES ou d’un DEP n’est pas au menu, sauf très rares exceptions. Et là je ne parle pas des personnes ayant un trouble envahissant du développement, des troubles sévères du langage, des psycho-pathologies, et j’en passe. Bonnardel est complètement dans le champ gauche, et je ne suis même pas sûr qu’il suit la game.

Bien sûr, on me dira qu’il est possible de mettre en place des programmes ou des services pour permettre à ces élèves d’obtenir une formation qualifiante. comme des formations semi-spécialisées, telles que la FMS ou la FPT au secteur des jeunes, ou l’insertion sociale et professionnelle à l’éducation des adultes. Le hic, c’est que François Legault m’a déjà répondu devant 200 personnes à St-Jérôme que de tenir compte de ce genre de diplômes dans le calcul des taux de décrochage n’est qu’une astuce pour améliorer artificiellement les statistiques. Alors il ne reste que les DES et DEP, des diplômes qui ne sont pas donnés, quoiqu’on en dise, et qui sont inaccessibles pour des personnes qui ont des limitations intellectuelles.

Les caquistes, pour atteindre la cible de 5% dont rêve Bonnardel, devront aussi considérer et reconnaître ce type de formation dans le calcul du taux de décrochage. Ils devront reconnaître que pour certains jeunes, cinq années au secondaire ne suffiront pas. Or, s’ils étaient prêts à reconnaître cela, comme ces formations sont actuellement prises en compte par le M’ELS, ils devraient aussi reconnaître qu’il y a une amélioration continue de la persévérance au Québec depuis quelques années, que cette tendance est bien installée et que cette amélioration n’est pas  le résultat d’un artifice statistique. Malheureusement, ça n’arrivera pas du côté de la CAQ, parce ce serait admettre que du bon travail a été fait dans les commissions scolaires du Québec. Et ce serait abandonner cette image idéalisée de l’école autonome, entreprenante et concurrentielle, stimulée par les lois du marché de l’éducation et les vertus de la libre entreprise.

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