Je viens , comme tout le monde, d’apprendre la démission de la ministre de l’Éducation, Mme Line Beauchamp. L’Histoire finira bien par nous apprendre quel a été son rôle dans cette crise, quelles ont été ses choix, ses décisions à elles. Je pense, tant qu’à moi, qu’elle aura été jusqu’à la fin, loyale à son chef.
Moi, je vais la regretter parce qu’elle laisse en friche un chantier qui pourrait avoir un impact considérable sur la réussite scolaire des jeunes québécois dans les années à venir. Mme Beauchamp s’apprêtait à apporter des modifications au programme d’enseignement du français au préscolaire et au 1er cycle du primaire. Ces changements, elle préférait appeler cela des « précisions », auraient eu pour effet de recadrer les pratiques d’enseignement de la lecture, en introduisant notamment des éléments de littératie précoce dès la maternelle. Elle voulait des approches qui s’appuient sur la recherche, qui tirent parti d’évaluations rigoureuses et de certaines façons de faire plus efficaces.
C’est un dossier qui lui tenait à coeur et qu’elle menait jusque dans l’arène politique, avec en face d’elle, un certain establishment corporatif qui voyait une menace dans ces changements. Je pense notamment aux représentants de l’Association de l’éducation préscolaire du Québec et à l’Association québécoise des professeures de français de même qu’à certains professionnels de son propre ministère, près de ces lobbys.
N’étant pas pédagogue de formation, elle s’était rendue chez nous, dans une classe de maternelle, pour voir in situ de quoi avaient l’air ces approches d’enseignement précoces de la lecture. Elle avait vite réalisé qu’on n’était pas en train de transformer nos classes de petits en « boot camp ».
On aura donc un nouveau ministre, qui devra se constituer un nouveau cabinet, le personnel politique de Mme Beauchamp quittant théoriquement avec elle. Et il ne se passera plus grand chose d’ici les prochaines élections. Et il y aura des élections, et après on ne sait pas.
Madame Beauchamp, au-delà de cet épisode houleux des prêts et bourses, je garderai de vous et de votre personnel politique un bon souvenir. Je regrette que les circonstances que nous connaissons ne vous aient pas permis de mener à terme le dossier de l’enseignement précoce de la lecture.
AJOUT
Après la rédaction de ce billet, j’ai appris comme tout le monde le retour de Mme Courchesne à l’Éducation. Quant à moi, c’est loin d’être une mauvaise nouvelle. Pour les commissions scolaires des Laurentides, ça signifie que plusieurs dossiers pourront continuer de cheminer, Mme Courchesne étant depuis quelques années la ministre responsable de notre région. Pour ce qui concerne le dossier de la littératie précoce, ce n’est pas mauvais non plus. En effet, c’est Mme Courchesne, lors de son passage initial à l’éducation, qui avait jeté les bases d’un investissement gouvernemental pour l’adaptation française du logiciel ABRACADABRA.
Ce logiciel, je le rappelle, a été développé initialement pour l’enseignement de l’anglais langue maternelle aux élèves du préscolaire, 1ere et 2e année,par des équipes de recherche de l’Université Concordia. Son adaptation terminée, il sera utilisé pour soutenir les premiers apprentissages en littératie des élèves francophones. C’est un logiciel en ligne, gratuit, qui intègre les principes d’un enseignement efficace de la lecture, notamment l’ensemble des recommandations du National Reading Panel.
