Ce matin, le Journal de Montréal publie un article dans lequel on apprend que les deux enfants de la présidente de la CSDM ont obtenu des postes de directions adjointes dans des écoles de cette commission scolaire. On laisse planer la possibil;ité de conflits d’intérêt, on parle de l’inconfort de la direction des écoles concernées à superviser les enfants de la présidente, etc. Bref, ça ne sentirait pas bon. On a même interrogé à ce sujet l’innénarable Chantal Longpré, présidente de la Fédération québoise des directions d’écoles, fédération dont les directions d’écoles de la CSDM ne sont au demeurant même pas membres… Or, du point de vue du président de l’association qui représente justement les directions de la CSDM, le processus de sélection est suffisamment rigoureux pour parer aux dérapages potentiels.
Toutes les commissions scolaires se sont données des politiques ou des procédures pour contrer le népotisme, pour éviter que des personnes ne jouissent indûment d’avantages du seul fait que des proches occupent des situations d’autorité au sein des organisations. Mais ces politiques ont un second volet qu’on oublie trop souvent: si je ne peux tirer indûment avantage du fait que mon père est DG ou président d’une organisatiuon, le fait qu’il occupe ce genre de fonction ne doit pas non plus m’empêcher d’obtenir un poste auquel je peux légitimement aspirer.
Ce second élément est appuyé par au moins un jugement de la Cour suprême du Canada. La ville de Brossard avait émis une directive à l’effet de ne pas embaucher pour des templois d’été des étudiants dont les parents travaillaient déjà pour la ville ou étaient conseillers municipaux. La chose s’est rendue jusqu’au tribunal de dernière instance qui a finalement déclaré la directive discriminatoire et contraire à l’application de la Charte des droits. Dans pareil cas, l’employeur a l’obligation de mettre en place des accommodements. Voici d’ailleurs une des conclusions de ce jugement:
La valeur destinée à être protégée par la législation antidiscrimination, savoir que les gens doivent être traités en tant qu’individus et selon leur mérite, me paraît trop importante et trop fondamentale pour céder le pas à une politique rigide d’antinépotisme s’il existe des moyens moins radicaux de protéger l’intégrité de l’administration de la ville et d’assurer l’apparence d’une telle intégrité.
Je pense que c’est important d’apporter cette nuance. Ça ne réparera pas le mal qui a déjà été causé du fait d’un traitement journalistique superficiel, conséquence sans doute de la course au scoop et à la nouvelle qui vend. Ce matin il y a deux directions adjointes à Montréal qui se sentent bien mal parce qu’on laisse planer le fait qu’on ne les a pas engagées parce qu’elles avaient les compétences pour occuper les postes qu’elles occupent, mais parce que leur mère est présidente de la commission scolaire.
En passant, deux études ont été réalisées au Québec sur le travail des directeurs adjoints d’écoles. L’une en 1992, dont je suis l’auteur, et une seconde plus récente par Louise Royal, de l’université de Sherbrooke. Je dis ça comme ça, parce que Louise et moi serions au moins d’accord sur une affirmation de la journaliste, à moins que ce ne soit une improvisation du titreur, à savoir que ces deux personnes ont obtenu des « postes importants ». J’aurais souhaité qu’un tel témoignange de reconnaissance vis à vis le travail des adjoint ait eu lieu dans un contexte différent.
